Internet : un média d’information

La synthèse des propositions rappelle la contribution à l’intérêt général que constitue la mission d’informer dans le cadre d’un démarche professionnelle, y compris sur Internet. Les participants déplorent l’existence d’un contrôle de plus en plus fort d’instances privées sur l’information, qui tend à remettre en cause le droit à l’information. Eric Marquis souligne que la logique du marché ne peut pas suffire à répondre à ce droit à l’information.

Par ailleurs, il précise que ce droit ne se résume pas au droit pour un journaliste d’accéder à des sources d’information. C’est aussi le droit du lecteur d’être correctement informé. Philippe Jannet soulève le problème du droit à l’image, juridiquement flou sur internet. Il estime que les droits négociés sur certaines images ne doivent pas entraver le droit à l’information. Il donne l’exemple de la retransmission d’un match de foot. L’utilisation des images des buts pose le problème de la légalité de l’insertion de contenus vidéo sur les sites web. « TF1 aura le droit de les utiliser dans son 20 heures, tandis qu’un site sera attaqué s’il les met en ligne. On est parfois dans des cas de non respect du droit à l’information ».

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Vers une définition d’un statut d’éditeur en ligne

Les participants s’accordent sur la nécessité d’aménager un statut d’éditeur en ligne par la création d’un statut nouveau, ou par l’extension du statut actuel. L’un des aspects de ce problème vient de la distinction entre hébergeur et éditeur. Philippe Jannet fait remarquer qu’aujourd’hui seul l’hébergeur est défini et reconnu responsable du contenu publié sur le site. Il estime que les éditeurs devraient être responsables de leurs contenus propres s’il y a modération. Eric Scherrer, Directeur de l’analyse stratégique et des partenariats à l’AFP, fait remarquer que Bruxelles a proposé la définition d’un statut intermédiaire entre éditeurs et hébergeurs.

Pierre Haski évoque le cas de Rue89 : « on ne publie pas de contenu sans validation par un journaliste professionnel. Cela relève de la responsabilité du journaliste vis-à-vis  de ses lecteurs ». Michel Delberghe estime que la crédibilité des sites repose sur le contrôle, la vigilance, la responsabilisation. Il soulève le  problème de l’anonymat des internautes qui laissent des commentaires et de certains blogueurs : « il faut des procédures de vigilance ».

Tous les participants s’accordent pour faire de l’emploi de journalistes professionnels par les sites d’informations un élément discriminant de la définition du statut d’éditeur. Selon Pierre Conte, les journalistes sont « le point commun entre les vieux médias et les pure player ».

« Est-ce une condition suffisante ou nécessaire ? » s’interrogent plusieurs participants. Selon Philippe Jannet, « c’est trop facile de dire: j’ai droit au statut parce que j’ai embauché un journaliste. Le statut doit être déterminé par la CCPAP élargie ». Edouard Coudurier, Président du Télégramme de Brest et de l’Ouest, renchérit. Il cite le site de la fédération nationale des bâtiments publics : « c’est un très bon site, qui emploie des journalistes mais ça n’est pas un site d’information. En appliquant ce seul critère, il pourrait pourtant avoir le statut d’éditeur ». Laurent Joffrin, Président du Directoire et Directeur de la rédaction de Libération, fait remarquer a contrario qu’en appliquant des critères trop sévères, « on risque d’exclure de la définition certains journaux ». Marc Tessier, Directeur général du pôle services médias Netgem, et Vice-Président du pôle 3, fait remarquer qu’il est de toute façon difficile de « définir des critères sans tenir compte des autres acteurs qui ont un intérêt dans cette question ». Pour lui, la solution doit venir de l’instauration d’une autorité indépendante qui donnerait le statut d’éditeur.

Laurent Joffrin s’interroge : « pourquoi ne pas reprendre la définition d’éditeur telle qu’elle existe pour la presse traditionnelle dans la loi de 1881, en l’adaptant à la presse en ligne ? Il s’agit de revendiquer le même régime de liberté, donc la définition devrait être proche ».

 

La publicité sur Internet

Concernant la publicité, deux propositions concrètes ont été formulées. D’abord un élargissement du champ d’application de la loi Evin aux sites de presse. Les participants sont aussi d’accord pour demander à l’Etat, dans ses campagnes publicitaires, d’avantager les sites et titres d’information générale et politique.

Sur la question des mesures d’audiences, les participants restent divisés. Certains ont à nouveau réclamé de nouveaux outils de calcul, tenant compte en particulier des durées de connexion. D’après eux, ces nouveaux outils devraient permettre aux sites d’information de mieux monétiser leur audience. Pas sûr, estime François Mariet, professeur à l’université Paris-Dauphine, « la prise en compte de la durée pourrait surtout avantager les sites de vidéo». « Dans tous les cas il faut trouver une solution », conclut Marc Tessier, « sinon on aura toujours du mal à rentabiliser nos investissements sur Internet ».

Enfin les participants ont à nouveau fait part de leurs inquiétudes sur la question de la position « dominante » de Google sur le secteur tant de la publicité en ligne que du « search ». Sans faire de propositions concrètes sur ce sujet, ils souhaitent qu’il soit porté à la connaissance des pouvoirs publics.

Aides à l’innovation et fiscalités

Les participants s’accordent sur la nécessité de réviser les critères d’attribution des aides publiques à la presse. Elles devront être fonction des résultats de l’entreprise, de sa politique de l’emploi, du respect des lois sociales et de la déontologie de l’information. Les dispositifs d’aide existants devront également être  revus, dans le sens notamment d’un élargissement du fonds de modernisation de la presse. Ce dernier n’est pour l’instant ouvert qu’à la presse quotidienne d’information politique et générale. Laurent Joffrin fait remarquer que « si l’enveloppe est fixe, il y aura moins d’aides pour tout le monde ». Sous-entendu, dans ce cas, il faudra réévaluer le montant global des aides.

Certains participants estiment qu’il ne faut pas toucher au fonds de modernisation existant, mais plutôt en créer un pour les pure player. Ils soulèvent néanmoins le problème de l’affectation de ces aides : quels sites aider ?

Sur la question de l’extension du champ d’application de l’article 39 bis du Code général des impôts aux investissements numériques, les participants apportent des précisions : l’article devra s’appliquer aux entreprises de presse papier, ainsi qu’aux éditeurs et aux filiales numériques des journaux. Ils proposent par ailleurs que tous les investissements numériques puissent entrer dans le champ d’application.

Sur la TVA, les participants veulent étendre son champ d’application aux éditions électroniques de presse. La question est de savoir s’il faut l’abaisser à 5,5% ou 2,1% au lieu des 19,6% applicables actuellement.

Le modèle économique de la presse à l’heure d’Internet

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Au sommaire de la troisième réunion du pole 3 des Etats généraux de la presse écrite, un « gros morceau » : le modèle économique de la presse à l’heure du Net. Deux contributions ont été proposées. Celle de Robert Picard, professeur d’économie des médias en Suède, s’intitulait « pertinence et limites du modèle de la presse payante ». Il a été relayé par Marie-Laure Sauty de Chalon, PDG de l’agence Aegis Media Europe du Sud, assistée par Guillaume Multrier, PDG de Isobar, filiale de ce groupe, spécialisée dans la pub sur Internet.

De ces interventions et des discussions qui ont suivi, quatre problématiques se sont dégagées :

Comment comprendre la faiblesse des groupes de presse français malgré une audience relativement stable ?

Que vaut l’audience sur Internet ?

Faut-il écrire « pour Google » ? Une chance pour la publicité, un risque pour le journalisme.

Quelle publicité à horizon 2010 ?


Force de l’audience, faiblesse des groupes de presse

Robert Picard

Le professeur Picard partage le diagnostic déjà établi lors des réunions précédentes en constatant une désaffection pour la presse. Car si la PQR résiste, la PQN a « toutes les caractéristiques d’un secteur en déclin. »

Pourtant, le public a « toujours autant besoin de presse et de journalisme qu’auparavant. Mais ses modes de consommation ont radicalement évolué ». Dès lors, les médias doivent eux-mêmes engager des réformes structurelles.

De ce constat, Robert Picard tire cinq idées fortes.

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Que vaut l’audience sur Internet ? Le diagnostic d’une publicitaire

Les rentrées nettes de publicité ont été multipliées par deux en vingt ans, a commencé par rappeler Marie-Laure Sauty de Chalon, PDG de l’agence de publicité Aegis Media Europe du Sud. Mais cette note d’optimisme est contrebalancée par son analyse du marché publicitaire. Les formes de publicité vendues les plus chères par les éditeurs, le display – c’est à dire des publicités classiques comme les bannières par exemple, destinées à faire connaître une marque – n’ont pas le vent en poupe. Leurs prix baissent et ces formats laissent la place à des systèmes beaucoup moins rémunérateurs et qui privilégient le ROI, comme les liens sponsorisés.

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