« Une année 2009 de tous les dangers pour la presse écrite »

Les Etats Généraux, c’est presque terminé. Les quatre groupes de travail constitués dans ce cadre ont remis jeudi dernier plus de 90 recommandations à Christine Albanel, la ministre de la Culture. Comme c’était le cas avec le Rapport Attali, ces propositions synthétisées dans un Livre vert «ne préjugent pas des décisions retenues et des arbitrages gouvernementaux qui interviendront dans les prochaines semaines», a prévenu la ministre. Bernard Spitz, le délégué à la coordination de ces Etats Généraux, explique que certaines de ces recommandations sont des «mesures d’urgence» face à une «année 2009 de tous les dangers pour la presse écrite». Comme par exemple le moratoire d’un an des accords conclus cet été avec la presse et la Poste, qui prévoit une forte augmentation des tarifs postaux dans les années à venir. Son coût est estimé à 12 millions d’euros. Il préconise également une exonération temporaire d’une «partie significative» des charges sociales des diffuseurs dont la presse est l’activité principale. Les cotisations sociales des 5.420 marchands de journaux spécialisés dans la presse s’élèvent à 57 millions d’euros.

Favoriser l’accès de la presse écrite aux plus jeunes en proposant des abonnements gratuits et assurer une formation pour les jeunes journalistes non issus d’écoles de journalisme figurent aussi dans les recommandations. La proposition de réduire la TVA pour les «pure players», proposé par le Pôle 3 suivi spécialement par ce blog, fait débat. Elle prévoit de réserver le taux de TVA de 2,1% dont bénéficient actuellement tous les journaux aux seuls titres d’information politique et générale. La presse de loisirs verrait son taux de TVA relevé à 5,5%. A l’inverse, les pure players, c’est à dire les journaux en ligne non addosés à un groupe traditionnel (comme Mediapart ou Rue89), pourrait bénéficier de cette mesure. Ils sont imposés à 19,6% actuellement. Une différence qui créerait une distorsion de concurrence.

«Depuis 15 ans qu’Internet est là, il est temps!», explique Bruno Patino, le patron de France Culture [et de l’école de journalisme de Sciences-Po] qui présidait ce pôle. Pierre Haski s’est réjoui de cette proposition. Pour le fondateur de Rue89, « Le but, comme nous l’avons dit d’entrée de jeu, n’est pas de tendre la main à l’Etat pour entrer dans le jeu des subventions, mais de faire reconnaître un principe d’égalité et d’éliminer ces distorsions de concurrence qui entravaient le développement de ce nouveau secteur des sites « pure players » alors que ces derniers sont aujourd’hui créateurs d’emplois, d’innovation, et sont porteurs d’une partie de l’avenir de l’information. »

Cette modification permettrait de dégager 100 millions d’euros par an pour financer les recommandations des Etats Généraux, et notamment celles visant à défendre le pluralisme, indique le Livre vert. Cette mesure a cependant été « adoptée à une courte majorité » par le groupe de travail en charge des questions de concentration et de pluralisme et elle a été « fortement contestée », précise le document.

Lire les derniersd articles sur le sujet:

L’interview de Bruno Patino sur E24. Que Google réfléchisse à « un partage équitable des recettes publicitaires. »

L’interview de Josh Cohen, patron de Google News sur Ecrans. Il avait été particulièrement malmené pendants les Etats Généraux.

La critique de Mediapart, qui avait quitté de manière fracassante la première réunion du pôle 3 et qui déplore l’absence du « public » dans le livre vert.

Une réponse à “« Une année 2009 de tous les dangers pour la presse écrite »

  1. Bonjour,

    Merci pour l’animation au jour le jour de ce blog, qui nous a permis de suivre l’activité du pôle n03.
    A votre avis, la réduction de TVA ou « l’égalisation » verra-t-elle le jour ? Le statut d’éditeur de presse en ligne sera-t-il adopté ? Quelles suites pour l’ensemble de ces préconisations ?

    Par ailleurs, les EG n’ont pas donné lieu à une véritable prise en compte de la presse spécialisée. Pourquoi pas. Cependant, il faut admettre l’importance quantitative, et qualitative de ces médias, notamment en matière éco, dont les principaux titres influencent quotidiennement les entrepreneurs et les décideurs publics. L’information économique constitue en outre un avantage concurrentiel évident. Leur influence, et plus spécialement dans la période de crise actuelle, est capitale, favorisant ou non la confiance dans le marché et dans l’économie.

    Dans le même temps, on constate depuis plusieurs années déjà que l’économie, en tant que discipline, souffre d’un manque de compréhension, de diffusion et d’accessibilité.

    Il est évident que l’existence d’une presse économique pluraliste, et de qualité joue un rôle déterminant pour l’ensemble des acteurs et pour la vitalité de la « démocratie économique ».

    Aussi, on peut s’interroger sur la spécificité des médias « éco » dans le paysage médiatique français et international ? Peut-on s’inspirer du modèle propre à la presse anglo-saxonne ? Quel serait le ou les modèle(s) économique(s) le(s) mieux adapté(s) pour assurer la coexistence des anciens et des nouveaux médias économiques ? Pluralisme et qualité de l’offre d’information économique sont-ils compatibles ? etc etc …

    A ce propos, je voudrais vous signaler la tenue d’une conférence, sur le thème« Anciens et nouveaux médias économiques : quel avenir commun ?» qui aura lieu à la CCIP le 10 mars prochain.

    Bien à vous
    Nicolas
    Blog: http://www.friedland.ccip.fr

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