Papier contre web: « le débat est terminé »

Les journaux ont réorganisé leurs rédactions : aujourd’hui, tous les grands médias possèdent des sites, gérés souvent par des équipes de jeunes journalistes. Les fusions entre les rédactions « traditionnelles » et celles du web, souhaitées par beaucoup, s’annoncent compliquées, comme le témoignent Anne-Laure Pham (L’Express.fr) et François Sionneau (Le Nouvelobs.fr).

Gilles Klein, journaliste «papier» depuis trente ans et blogueur, qui travaille actuellement pour « Arrêt sur images« , donne son point de vue sur les causes de cette alliance difficilement gérée et réfléchit à l’avenir du métier.


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source : atelier.ning.com


– On parle beaucoup du « mariage forcé » entre les rédactions papier et web. Les divergences sont-elles aussi importantes qu’elles aillent jusqu’à créer un métier à part?

La façon de travailler est différente. Une fois que la version papier est bouclée, les journalistes ont du temps jusqu’au prochain bouclage. Tandis que le site internet, lui, est approvisionné 7 jours sur 7, de très tôt le matin à très tard le soir. Les interventions des journalistes web sont donc plus nombreuses, plus soutenues, et davantage soumis à la pression et aux risques d’erreurs. Dans les rédactions web, il est rare qu’il y ait des secrétaires de rédaction, donc les journalistes web ont plus de responsabilités dans l’édition de leur contenu. La volonté d’aller vite pour donner l’information peut entraîner des dérapages, des imprécisions ou des fautes de frappe. Ces dernières sont gênantes pour le lecteur, alors que les imprécisions et les erreurs peuvent mettre en cause la crédibilité toute entière du média.

– Cela veut dire que la qualité du travail des journalistes web, ce métier nouveau et émergeant, laisse à désirer?

La qualité s’améliore, mais le processus est en cours. Généralement, les journalistes web sont plus jeunes, ont moins d’expérience et sont souvent moins bien payés. Leur charge de travail est parfois supérieure à celle de leurs confrères du papier. Et ce sans avoir un encadrement, sans être soutenus par des journalistes plus anciens, sans être aussi nombreux qu’ils le seraient dans un journal papier…

– Les rédactions traditionnelles vont-elles se mettre au web?

Je me souviens quand le site du magazine Elle, pour lequel je travaillais à l’époque, a ouvert en 1995, l’équipe du web était très réduite, et la rédaction en chef du magazine s’inquiétait de la dégradation de l’image de Elle et de sa fiabilité sur l’Internet. Il y a eu une résistance des journalistes à s’exprimer sur le site mais je ne pense pas que ce soit lié à une question d’âge. C’est plutôt une question de connaissance. Les journalistes qui ont pris l’habitude d’utiliser le Net, l’email et les blogs à titre personnel ou professionnel sont naturellement plus à l’aise de comprendre ce qui se passe et à bien réagir.

Aujourd’hui, les barrières s’estompent. Les journalistes papier, mais aussi de la radio et de la télé ont pris l’habitude de travailler sur le réseau. Cette tendance va se renforcer. Le journaliste politique Jean-Michel Aphatie par exemple, qui travaille à RTL, chronique dans une émission de la chaîne Canal+ et alimente une fois par jour un blog sur le site officiel de sa radio. Lui, qui est connu et chevronné, a ressenti le besoin de s’exprimer sur le web. Finalement, le Net n’a plus à faire ses preuves. Après avoir été considéré d’abord comme un univers secondaire, puis comme une menace, maintenant il s’est pleinement intégré.

– Voulez-vous dire que la crise est passée?

Il existe toujours une malaise de certains journalistes des médias classiques devant l’Internet mais selon moi, le débat est terminé. Aujourd’hui, tous les grands médias ont leur site. Le blog de journaliste sur le site de son journal est devenu un média à part entière. Blogs et sites rapportent de la pub: ce poids économique oblige toute la rédaction à prendre le Net au sérieux. C’est une véritable révolution, à la fois dans les esprits et dans le fonctionnement. Aujourd’hui nous sommes passés d’une phase de la découverte, de l’inquiétude à la phase de l’intégration stratégique, où il s’agit simplement de coordonner les différents moyens de distribution de l’information.

Diana Ibragimova et Zhuoying Feng

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