Force de l’audience, faiblesse des groupes de presse

Robert Picard

Le professeur Picard partage le diagnostic déjà établi lors des réunions précédentes en constatant une désaffection pour la presse. Car si la PQR résiste, la PQN a « toutes les caractéristiques d’un secteur en déclin. »

Pourtant, le public a « toujours autant besoin de presse et de journalisme qu’auparavant. Mais ses modes de consommation ont radicalement évolué ». Dès lors, les médias doivent eux-mêmes engager des réformes structurelles.

De ce constat, Robert Picard tire cinq idées fortes.

1° Il y abondance de médias et surabondance d’information. Le lecteur est aujourd’hui submergé par une offre pléthorique. A titre d’exemple, chaque année, 320 millions d’heures de radio et 123 millions d’heures de télé sont produites dans le monde. Beaucoup plus mobile qu’auparavant, le consommateur devient beaucoup plus difficile à « capter ». D’une manière générale, il ne reste plus aujourd’hui attaché qu’à un journal, deux ou trois magazines, une ou deux radios, et trois ou quatre télé, constate Robert Picard.

2° L’audience se fragmente et se polarise de plus en plus. L’augmentation des titres entraîne une baisse de la fréquentation de chaque média. L’audience reste stable, voire augmente, mais devient « hyper mobile »

3° Face au déclin, les médias ont tenté de mettre en place des stratégies de développement en « Portfolio ». Autrement dit, les entreprises de presse ont cherché à multiplier les productions et les supports. Malheureusement, cette stratégie a vite trouvé ses limites. A titre d’exemple, Robert Picard a cité Disney : dans les années 1970, le groupe comptait 25% de part de marché avec sa seule chaîne de télé ABC. Aujourd’hui, bien qu’en étant présent sur  une multitude de chaînes, Disney fait à peine 20%. « La stratégie de portfolio est perdante à long terme » estime Robert Picard. D’après lui, ce n’est pas en multipliant les supports que les entreprises de presse augmenteront leur audience.

4° Ces éléments aboutissent au constat d’un déclin des entreprises de presse. Le « poids économique » des médias est aujourd’hui étrangement faible par rapport à leur influence et leur visibilité. Il n’existe pas d’entreprise de médias dans les 100 plus grosses entreprises américaines et les 500 plus grosses mondiales. Ce qui n’était pas le cas il y a 30 ou 40 ans.

Cette faiblesse peut s’analyser par la mise à mal de la hiérarchie classique (relation top/down) entre producteurs et lecteurs. Aujourd’hui c’est l’audience qui détermine les contenus (relation bottom/up). C’est l’audience qui a le pouvoir, non les éditeurs, ni mêmes les annonceurs. Il reprend là encore les constatations de la première réunion du pôle3.

5° Cette faiblesse structurelle aboutit à une prise de pouvoir grandissante de la communication sur les médias. Le modèle de diffusion classique est de plus en plus concurrencé par une communication entre les personnes, qui court-circuite les chaînes de diffusion classiques. Ainsi des outils peer to peer, des réseaux sociaux, des créations de contenus communautaires. Cette évolution est facilitée par les outils de création de contenu sur le web, devenus très simples et accessibles. « Aujourd’hui à peu près n’importe qui peut créer un contenu rédactionnel ou journalistique basique sur Internet ».

Robert Picard a également abordé la question de la publicité et des modèles économiques de la presse. Il a rappelé que si entre 1950 et 2000 les rentrées publicitaires ont triplé – époque où les médias étaient certains de gagner de l’argent – cet âge d’or est révolu. Un constat qui pose la question du rôle du public et de la valorisation de l’audience. Un chiffre est à ce titre éloquent : dans le monde, le consommateur de média donne trois fois plus d’argent aux médias que la publicité. En Europe, c’est un rapport de un à cinq, de un à sept aux Etats-Unis.

Il y a cinq modes de financement des médias, a rappelé Robert Picard :

–         Par les investisseurs

–         Par la pub

–         Par les sponsors

–         Par l’audience

–         Par les revenus commerciaux

Comme quelques minutes plus tôt, Robert Picard a rappelé qu’au sein de ces modes de financement, c’est l’audience qui reste la plus importante. Le financement par le public est trois fois plus important que par la publicité. Seul problème, a remarqué Bruno Patino, en France il y a un payeur pour trois lecteurs : « il y a là une vraie question ! ».

Quant à la publicité en ligne « elle ne vaut pas grand-chose » à l’heure actuelle note Robert Picard. « Avec dix publicités sur internet on arrive à tout juste à la valeur d’une publicité classique sur papier ». En outre, les dix plus gros sites dans le monde captent de 70 à 80% des revenus publicitaires.

2 réponses à “Force de l’audience, faiblesse des groupes de presse

  1. Leveque Stephanie

    Bonjour,

    Je suis en licence d’information communication, et je travaille sur le cadre légal de la presse.
    Je dois construire un dossier sur la problèmatique suivante :

    Le cadre légal français est-il adapté à l’évolution de la presse écrite confrontée à internet ?

    Pouvez-vous me donner votre avis sur la question ? M’en parler ?

    Je remercie tous ceux qui pourront m’aider à réunir le plus d’information avec le plus de sources possibles.

    Cordialement.

    Melle Leveque

  2. SAMASSI Maryam

    LES MASSES MEDIAS ONT DONC PRIS LE PAS SUR LA PUBLICITE.

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