Celle qui invente son métier

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« C’est un tout nouveau métier, tout reste à inventer« . Elle le dit rêveusement et avec une sincérité touchante, celle qui l’on devrait appeler l’une de « ces nouveaux prolétaires de la presse », comme a nommé les journalistes web l’article de Backchich.


Anne-Laure Pham est journaliste à la rédaction web de l’Express depuis plus de deux ans. A 27 ans, cette petite brune, habillée d’une façon plutôt discrète, ruban dans les cheveux et jeans classique, s’occupe de la rubrique Styles de «L’Express.fr», existé depuis novembre 1997.


Il y a deux ans et demi, le jour où elle a appris qu’elle avait raté le concours de l’école de journalisme, « L’Express.fr » lui propose un poste de contrat de professionnalisation. C’est la récompense d’un stage de trois mois et d’un intense travail de réseau auprès de son rédacteur en chef. Sa chance confirme sa règle d’or, « copiner le plus possible« , pour bien démarrer et continuer ensuite cette carrière « relationnelle ».


Suivant une semaine par mois une formation à l’Institut pratique de journalisme (IPJ), très spécialisée en presse écrite, elle a dû tout apprendre à zéro dans la rédaction web. « Le Web et le « print » ce n’est vraiment pas le même métier! Le rythme de travail est loin d’être identique. Le site est dans l’actualité heure par heure, minute par minute, donc nous ne pouvons pas travailler comme nos collègues de l’hebdomadaire».


La polyvalence est obligatoire


Parfois, le métier de journaliste web n’est pas gratifiant. Mettre en forme les articles de la rédaction papier, trouver une photographie libre de droits, ajouter des liens, rédiger quelques brèves par jour… pas le temps d’aller beaucoup plus loin, le web impose l’immédiateté et un rythme accéléré par rapport à celui d’une rédaction papier. Quitte à perdre certaines techniques propres aux médias traditionnels, assure-t-elle. »Je sens que mon style d’écriture laisse à désirer à force de faire énormément de dépêches. J’ai l’impression que je perds un peu la main« .


Le prestige n’est pas non plus le même et les articles web ne sont souvent pas évalués de la même façon, bien que le site compte 1,3 millions de visiteurs par mois, selon la source Netratings. Mais « certains sont impressionnés du fait que je sache à la fois rédiger un papier et une vidéo, faire la mise en page, gérer des photos et des sons« . Contrairement à « ceux qui ont trente ans de carrière en presse écrite derrière eux« , les nouveaux journalistes web travaillent rarement sur des dossiers précis et sont plus ouverts à certains sujets ou type d’articles que d’autres refuseraient.


Même si l’occasion de partir en reportage ne se présente pas fréquemment. « C’est vrai que je reste collée à mon écran toute la journée et même le soir quand je rentre chez moi. Mais on peut très bien faire du journalisme « assis » : passer des coups de fil, s’informer tout en restant devant son ordinateur« . Parfois une récompense : «Je pars en janvier à Sao Paulo, pour le fashion week. J’en rêve depuis longtemps.»


La culture numérique a créé de toutes nouvelles sources d’information: blogs ou encore agrégateurs de flux. « En réalité, il nous reste beaucoup de place pour la créativité journalistique, mais c’est une créativité différente. Chacun possède ses outils techniques. Tout le monde ne lit pas les mêmes blogs par exemple. Ce n’est pas aussi uniformisé, que le dit l’article de Bakchich « 


Le plaisir de travailler


Autre avantage, selon elle, la très grande liberté de choisir ses sujets, contrairement aux journalistes du papier. Elle est même ravie quand les internautes relèvent quelques fautes d’orthographe dans ses articles, en laissant des commentaires en ligne. « Il y a du retour ! C’est un  pouvoir que le papier ne possède pas ».


Anne-Laure ne se plaint pas de son salaire, moins élevé que celui de la plupart de ses collègues de la rédaction papier. « Je suis quand même correctement rémunérée pour une débutante. J’ai beaucoup de chance par rapport à mes camarades pigistes« .


Fière et confiante de se sentir « bien armée pour le journalisme web« , elle éprouve une grande joie de « participer à l’aventure du Net qui n’en est qu’à son début. Les sites Internet d’actualités, c’est tout récent. Je suis sûre que les tâches qui nous prennent actuellement une demi-heure, nous prendront d’ici deux ans pas plus que dix minutes. Ca change très vite. Nous sommes encore dans une profession qui reste à inventer!« 


Diana Ibragimova et Zhuoying Feng

 

4 réponses à “Celle qui invente son métier

  1. Pingback: Vivre et travailler en temps réel « Les Etats Généraux de la presse (pôle 3)

  2. Puisque l’article le mentionne : les commentaires sur les blogs ne sont pas publiés que dans le but de corriger les fautes d’orthographes mais apportent également des compléments et des opinions différentes ou contradictoires. Des commentaires donc.🙂
    Je file encore un peu : je connais peu de journalistes ravis d’apprendre qu’ils ont laissé passer des coquilles, mais le web impose un rythme soutenu et continu qui ne laisse pas toujours au secrétaire de rédaction, quand il existe, le temps de faire un travail qui échoit parfois… aux lecteurs. Qui dans mon cas, signale par ailleurs, que dans la dernière ligne de votre premier paragraphe…

  3. Je salue sa polyvalence mais quand elle explique sa philosophie de carrière « copiner le plus possible », les jeux ne sont-ils pas déjà fait ?
    Comment un journaliste peut-il exercer son métier en conscience si celle ci est entravée par le copinage ?
    La presse féminine (ou fashion, ou lifestyle comme on voudra) est déjà mise en accusation pour la porosité de ses frontières entre équipe rédactionnelle et intérêts des annonceurs.
    Si d’emblée elle explique qu’elle copine, la messe est dite: ou bien elle ne voudra pas déplaire à son rédac chef copain, ou bien elle ne prendra pas le risque de critiquer son annonceur copain.
    Au final, ça donne un copier collé de dépêche AFP.

  4. @Mimosa
    Oui, tout à fait d’accord. Merci d’apporter ces utiles précisions😀

    @Yannick le « Bzizbou »
    Non, « ma philosophie de carrière » ne se résume pas à copiner, je vous rassure. Je voulais simplement mettre l’accent sur l’importance de se créer un réseau de contacts, primordial dans notre métier.

    Et où lisez-vous que je copine avec les annonceurs ou que je ne veux pas déplaire à mon rédac chef? Avant d’émettre ce genre de commentaire, tournez 7 fois vos doigts autour du clavier…et venez bien sûr rendre visite à LExpress.fr Styles :O)

    (Ceci était un copié-collé de l’AFP)

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