Qu’est ce qu’un journaliste multiplateforme ? Est-ce concevable ?

Qu’est ce qu’un journaliste ?

Ces interrogations sur les statuts se sont aussi portées sur la définition du statut de journaliste.  Qui aujourd’hui est blogueur, qui aujourd’hui est journaliste ?  Qui aujourd’hui peut avoir la carte
de presse ? Pour le vice-président de la commission de la carte d’identité des journalistes professionnels, Eric Marquis, si on ne la donnait qu’à des gens adossés à des entreprises de presse, il y aurait des lésés. Il a rappelé que les critères d’obtention sont basiques : «Signature de la convention collective des journalistes et avoir une mission d’information à l’égard du public.» Pierre Haski s’est auto-cité en exemple : «Nous avons signé la convention collective et nous sommes le premier pure player d’information généraliste à avoir
obtenu la carte de presse pour un jeune journaliste.»

Qu’est ce qu’un journaliste multiplateforme ? Est-ce concevable ?

Doit-il savoir maîtriser l’informatique ? Quelle vitesse de réalisation d’un article, pour quel contrôle ? Quel style, pour quel support ? Y aura-t-il un jour un titre de presse, un rédacteur pour le papier, un autre pour le web, un autre pour un iPhone ? La suite de la démonstration de François Mariet débutée la semaine dernière pose la question de la définition même du métier de journaliste. Pour le professeur de l’université Paris-Dauphine, il n’existerait pas d’article universel, que l’on pourrait « verser dans divers réceptacles et dont il épouserait la forme ». De ce postulat, découle une question : faut-il créer des rédactions intégrées ou au contraire séparer le web et le papier ?

Jean-François Téaldi, du SNJ-CGT, qui s’inquiète du manque de moyens des rédactions multimédias, estime qu’il n’est pas possible d’écrire de la même manière un papier pour internet, la presse écrite et l’audiovisuel : « On se bat pour expliquer que faire un sujet pour un téléphone portable ou pour le 16/9ème, ce n’est pas la même chose. »

Le syndicaliste est donc partisan de rédactions spécialisées et pose la question des formations initiales, qui selon lui ne sont pas adaptées et devraient comporter une formation de base commune à toutes, puis une spécialisation.

Car la question des moyens se pose avec force : les éditeurs de presse assurent qu’ils n’auront jamais les moyens de doubler les postes. Pierre Conte, Président de Publiprint, pour le Figaro, est dubitatif : la rédaction Internet du Figaro ne pourrait jamais avoir la quantité de chefs de services spécialisés dont la version papier dispose. Il est impossible, selon lui, d’avoir un spécialiste, et par secteur, et par média. Pour lui, il faudra construire autour de ce spécialiste du titre.

Jean-François Fogel remarque que la question de la spécialisation ne se pose pas où on le pense : « Je ne sais pas si nous devons avoir un spécialiste de chaque chose dans la rédaction, mais il y a un
spécialiste de chaque domaine dans l’audience.»

Certains participants l’approuvent. Il faut donc apprendre à travailler avec cette audience, l’intégrer dans la réalisation de sujets.

Philippe Jeannet, PDG du Monde Interactif, prend l’exemple de L’Equipe.fr, où, au cours de la journée, des journalistes du pôle télé et web, intégrés dans la même structure, vont traiter le même sujet mais sur différents supports. L’ancien patron des Echos rappelle qu’au New York Times, qui s’est engagé dans un très grand rapprochement des équipes web et papier, on parle d’ «employabilité» des journalistes. Pour conserver leur emploi, les journalistes doivent s’adapter à la nouvelle donne économique et à travailler pour tous les supports du groupe.

Eric Hazan, du cabinet de conseil McKinsey rappelle le rapport 2007 «Trends of newsrooms », de la World Newspaper Association : dans une rédaction intégrée, un éditing spécifique à chaque support doit être
maintenu. La polyvalence des journalistes est complétée par des experts, comme cela se fait au Daily Telegraph ou à Die Welt.

Frédéric Filloux, éditeur auprès du groupe Schibsted, propose de ne plus se fonder sur la distinction par support ou le domaine de spécialisation, mais sur le rapport des journalistes à l’information.

On peut régulièrement lire, dans les articles publiés sur les sites américains, « reported by » et « written by ». Il s’agit de scinder la notion de reporter de celui qui va éditer l’information : l’un va chercher l’information, l’autre la met en forme dans un article, un sujet vidéo, etc. Quant aux moyens des sites Internet, il prend l’exemple d’e24, qui vient d’être lancé, un site qui emploie 12 à 15 personnes et qui ne peut se permettre «le luxe» d’avoir un correcteur.

Le journalisme web est aussi une forme de spécialité. Antoine Duarte, PDG de Reed Business Information, pense qu’un journaliste doit être capable d’écrire pour le web tout en faisant de la vidéo – même si
lele est de mauvaise qualité. Pierre Haski cite son expérience. «Qui a décidé qu’Internet était le lieu soit de la duplication, soit de la chose mal faite ?» A Rue89, le parcours d’un article est similaire à celui qu’il aurait dans une rédaction écrite. La particularité de la rédaction, c’est que tous les journalistes sont multimédias ; il y a une formation permanente, explique Pierre Haski, qui souligne : « J’ai appris à faire du montage vidéo, alors que j’ai une expérience de trente ans d’écrit ». Les journalistes doivent être «google friendly», ajoute Filloux – c’est à dire adapter leur production à Google – qui est, comme l’a rappelé François Mariet, la principale source d’audience des journaux en ligne.

Avec autant d’exemple et d’avis, il est difficile voire impossible de dégager une ligne directrice pour tous les représentants des métiers, titres présents : comme le glissait l’un de ces participants, « Il n’y a pas de règles uniques, qui qu’on soit».

3 réponses à “Qu’est ce qu’un journaliste multiplateforme ? Est-ce concevable ?

  1. Eric Marquis

    Pour l’obtention de la carte, c’est un peu plus compliqué que ce que vous avez retenu. Pour n’importe quel journaliste, les conditions à remplir sont (selon la définition du Code du travail) : faire un travail de journaliste ; le journalisme est l’« occupation principale et régulière » ; en tirer au moins 50 % de ses revenus ; l’employeur doit être « une ou plusieurs entreprises de presse, publications quotidiennes et périodiques ou agences de presse ».
    Pour le journalisme en ligne, c’est souvent la dernière condition qui pose problème. Donc la Commission demande en outre que : le demandeur apporte la preuve qu’il relève de la Convention Collective Nationale de Travail des Journalistes et de l’une de ses qualifications ; son employeur doit soit correspondre à la définition d’une entreprise de presse, soit avoir pour objet, dans ses missions principales, la mission d’information à l’égard du public (voir sur le site de la CCIJP http://www.ccijp.net/carte/carte.htm , F.A.Q.).

  2. sciencespole3

    Merci de vos précisions🙂

  3. Rodrigue tueno

    J’ai lu avec beaucoup d’intéret cet article.Une question.Comment définissez-vous un JOURNALISTE SPECIALISE?IL y a t il une différence entre un journaliste multiplateforme et une journaliste spécialisé

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