Chers amis

 

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« Je ne prononcerai pas la formule rituelle « chers amis » pour maintenir l’indépendance de chacun, qu’il n’y ait pas d’ambiguïté ». C’est en ces termes, avec un mélange de cynisme et de ras-le-bol, que Nicolas Sarkozy a clôturé les Etats Généraux de la presse, vendredi, devant un parterre de patrons de presse, éditeurs, journalistes, et syndicalistes.

Réaffirmant sa croyance en la « nécessité de travailler pour sauver la presse écrite », le président a présenté au corps médiatique ses propositions, largement élaborées à partir du Livre vert présenté par les chefs de pôles des Etats Généraux. Il en a profité pour réaffirmer la « légitimité » de l’engagement de l’Etat dans ce processus de redressement des médias écrits.

Après ses félicitant du fait que la tenue des Etats Généraux ait, selon lui, « enclenché une dynamique nouvelle », le chef de l’Etat a présenté un programme de modernisation du secteur sur trois ans pour un coût d’environ 600 millions d’euros selon les calculs de Frédéric Filloux. Un plan de soutien décliné en sept chantiers prioritaires, parmi lesquels, en très bonne place, l’Internet. Pour Nicolas Sarkozy, aucun doute, il faut s’engager dans le numérique, malgré les incertitudes du secteur, « parce que si la presse ne prend pas le virage d’Internet, elle n’aura aucune réponse à offrir aux générations natives du numérique, ni de solution face à l’évolution des modes de consommation des médias ». Et pour soutenir « l’indispensable investissement dans le numérique », le chef de l’Etat a proposé le recours à trois leviers.

  • Premier levier : l’investissement privé, avec la création d’un statut d’éditeur de presse en ligne qui ouvrira droit au régime fiscal des entreprises de presse (ces éditeurs bénéficieront de la provision pour investissement, seront exonérés de la taxe professionnelle, et obtiendront des taux réduits de TVA).
  • Deuxième levier : l’investissement public, considéré comme « complémentaire » de l’investissement privé et qui pourra prendre la forme de subventions et d’avances.
  • Troisième levier : la mobilisation du mécénat avec une réduction d’impôt de 66% pour les particuliers faisant des dons reversés à des titres de presse. Le plan de modernisation de la presse numérique s’attaquera par ailleurs au régime des droits d’auteur des journalistes. Sur ce sujet, une proposition, connue sous le nom de « blanc », et qui envisage de remplacer un droit lié à un support par un droit lié à un temps d’exploitation a retenu la faveur du Chef de l’Etat qui y voit « une solution équilibrée ». Et de noter, dans un rire, « Moi qui ai supprimé les notes blanches, voilà que je fais l’apologie du blanc ».

Le président a terminé en replaçant la profession face à ses devoirs. « Aucune mesure proposée ne sera utile si la profession ne relève pas de con côté les enjeux qui sont les siens », a-t-il conclu. Et de souhaiter que 2009 soit, pour la presse française, une année « de rénovation et de refondation ». A bon entendeur…

« Une année 2009 de tous les dangers pour la presse écrite »

Les Etats Généraux, c’est presque terminé. Les quatre groupes de travail constitués dans ce cadre ont remis jeudi dernier plus de 90 recommandations à Christine Albanel, la ministre de la Culture. Comme c’était le cas avec le Rapport Attali, ces propositions synthétisées dans un Livre vert «ne préjugent pas des décisions retenues et des arbitrages gouvernementaux qui interviendront dans les prochaines semaines», a prévenu la ministre. Bernard Spitz, le délégué à la coordination de ces Etats Généraux, explique que certaines de ces recommandations sont des «mesures d’urgence» face à une «année 2009 de tous les dangers pour la presse écrite». Comme par exemple le moratoire d’un an des accords conclus cet été avec la presse et la Poste, qui prévoit une forte augmentation des tarifs postaux dans les années à venir. Son coût est estimé à 12 millions d’euros. Il préconise également une exonération temporaire d’une «partie significative» des charges sociales des diffuseurs dont la presse est l’activité principale. Les cotisations sociales des 5.420 marchands de journaux spécialisés dans la presse s’élèvent à 57 millions d’euros.

Favoriser l’accès de la presse écrite aux plus jeunes en proposant des abonnements gratuits et assurer une formation pour les jeunes journalistes non issus d’écoles de journalisme figurent aussi dans les recommandations. La proposition de réduire la TVA pour les «pure players», proposé par le Pôle 3 suivi spécialement par ce blog, fait débat. Elle prévoit de réserver le taux de TVA de 2,1% dont bénéficient actuellement tous les journaux aux seuls titres d’information politique et générale. La presse de loisirs verrait son taux de TVA relevé à 5,5%. A l’inverse, les pure players, c’est à dire les journaux en ligne non addosés à un groupe traditionnel (comme Mediapart ou Rue89), pourrait bénéficier de cette mesure. Ils sont imposés à 19,6% actuellement. Une différence qui créerait une distorsion de concurrence.

«Depuis 15 ans qu’Internet est là, il est temps!», explique Bruno Patino, le patron de France Culture [et de l’école de journalisme de Sciences-Po] qui présidait ce pôle. Pierre Haski s’est réjoui de cette proposition. Pour le fondateur de Rue89, « Le but, comme nous l’avons dit d’entrée de jeu, n’est pas de tendre la main à l’Etat pour entrer dans le jeu des subventions, mais de faire reconnaître un principe d’égalité et d’éliminer ces distorsions de concurrence qui entravaient le développement de ce nouveau secteur des sites « pure players » alors que ces derniers sont aujourd’hui créateurs d’emplois, d’innovation, et sont porteurs d’une partie de l’avenir de l’information. »

Cette modification permettrait de dégager 100 millions d’euros par an pour financer les recommandations des Etats Généraux, et notamment celles visant à défendre le pluralisme, indique le Livre vert. Cette mesure a cependant été « adoptée à une courte majorité » par le groupe de travail en charge des questions de concentration et de pluralisme et elle a été « fortement contestée », précise le document.

Lire les derniersd articles sur le sujet:

L’interview de Bruno Patino sur E24. Que Google réfléchisse à « un partage équitable des recettes publicitaires. »

L’interview de Josh Cohen, patron de Google News sur Ecrans. Il avait été particulièrement malmené pendants les Etats Généraux.

La critique de Mediapart, qui avait quitté de manière fracassante la première réunion du pôle 3 et qui déplore l’absence du « public » dans le livre vert.

Philippe Jannet : « Les éditeurs de presse doivent avoir une responsabilité sur les contenus en ligne »

Pierre Conte : « on a une plate-forme consistante à proposer »

Edouard Coudurier (Télégramme de Brest) : « Il y a des échanges constructifs »

Gouvernance, statut d’éditeur en ligne, publicité, aides à la presse : le temps des propositions

Avec cette 5e et avant-dernière réunion de ce pôle 3 des Etats Généraux, vient le temps des propositions. Objet des discussions : un document de travail, première synthèse des pistes de réflexions proposées par les participants.

Les points suivants ont été discutés :

- La gouvernance

- L’extension de la notion d’intérêt général à l’univers du Numérique

- La définition d’un statut d’éditeur en ligne

- La publicité sur Internet

- Les aides à l’innovation et la fiscalité

D’autres points, comme la distribution numérique, ont été renvoyés à la dernière réunion. Les questions de formation et de droits d’auteurs, objets du pôle 1 présidé par Bruno Frappat, devront être abordées au cours d’une réunion commune entre les deux groupes. Ces travaux seront complétés par une audition de représentants de Google.

Vers une gouvernance de la presse ?

Eric Marquis, Vice-Président de la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels, estime qu’il faut insister sur le contenu rédactionnel et éditorial de la presse en ligne : « la presse web ne pourra pas relever les défis qui l’attendent sans qualité de l’information ». La presse en ligne doit réunir des critères déontologiques et sociaux exigeants, pour être « au moins aussi bonne que la presse traditionnelle ». Il Certains intervenants soulèvent la question d’un label de qualité attribué aux sites d’informations, pour les distinguer des blogs ou sites de services.

Aujourd’hui, selon lui, il y a un problème d’identification des sites d’information. La création d’un Conseil Supérieur de la Presse garant et arbitre des questions de déontologie liées à l’information sur Internet fait aussi débat. Pierre Haski, co-fondateur du site d’information en ligne Rue89 estime qu’il est inimaginable que le gouvernement soit à l’origine de la création d’un tel organe. Le pôle 3 doit donc abandonner cette proposition. Eric Marquis aborde lui aussi la question de la pertinence de cet organe : « il doit y avoir les mêmes règles pour les deux supports, pour ne pas arriver à une situation d’un journalisme à deux vitesses ». Il conclut à l’inutilité de l’instauration d’un conseil spécifique pour le Web.

Michel Delberghe, élu CFDT (Le Monde), rappelle que la CGT la CFDT est à l’origine de cette proposition, qu’il justifie comme une solution aux carences actuelles en ce qui concerne les mesures d’audience, la publicité, l’information etc. « Sur tous ce points, il est nécessaire de se doter d’outils de mesure et d’observation ». Pierre Conte, Président de Publiprint (Le Figaro) estime que cela peut se faire dans le cadre existant. Philippe Jannet, Président du Monde Interactif fait remarquer qu’il existe un observatoire des métiers de la presse.

Eric Marquis Certains participants suggèrent la création d’un « think tank »  comme l’IDATE, qui inclurait l’étude des médias traditionnels, des nouveaux médias et des métiers de la communication.